
En résumé :
- L’éducation au Canada est gérée par les provinces, ce qui crée 13 systèmes distincts avec des règles propres (ex: CÉGEP au Québec).
- Le choix entre école publique (fréquentée par 95% des élèves) et privée est un arbitrage stratégique, le public offrant d’excellents programmes spécialisés.
- Le collège n’est pas une voie sans issue mais une passerelle intelligente vers l’université et l’emploi grâce aux programmes techniques et aux accords de transfert.
- Le coût des études varie énormément, mais des stratégies financières existent (bourses, emplois sur le campus, programmes coop).
Pour un parent expatrié ou un étudiant étranger, tenter de comprendre le système éducatif canadien peut rapidement ressembler à l’exploration d’un labyrinthe sans carte. On entend parler de CÉGEP, de commissions scolaires devenues des centres de services, de lois linguistiques uniques au Québec et d’une différence majeure entre l’Ontario et le reste du pays. Le premier réflexe est souvent de chercher une règle unique, un guide centralisé qui expliquerait tout de A à Z. Malheureusement, ce guide n’existe pas, car la clé du système canadien réside justement dans son absence de centralisation.
Face à cette complexité, beaucoup se sentent démunis, craignant de faire le mauvais choix pour l’avenir de leurs enfants ou pour leur propre parcours académique. Les discussions s’enlisent souvent dans des débats stériles : public ou privé ? Collège ou université ? Faut-il viser les institutions les plus prestigieuses ou privilégier un programme spécifique ? Ces questions sont pertinentes, mais elles sont souvent posées sans détenir la grille de lecture essentielle pour y répondre correctement.
Mais si la véritable clé n’était pas de trouver une réponse unique, mais plutôt de comprendre la logique derrière cette diversité ? Le système éducatif canadien n’est pas un labyrinthe, mais un ensemble de parcours personnalisables. Comprendre la logique provinciale et les « passerelles » cachées est le secret pour construire le chemin idéal, souvent loin des choix les plus évidents. Cet article n’est pas une simple description, mais une boussole stratégique. Il vous donnera les clés pour transformer cette apparente complexité en une source d’opportunités, en vous apprenant à naviguer et à faire des arbitrages éclairés à chaque étape clé du parcours.
Cet article vous guidera à travers les décisions cruciales que vous aurez à prendre, en décodant les spécificités de chaque étape. Le sommaire ci-dessous vous donne un aperçu des points que nous allons aborder pour vous aider à y voir plus clair.
Sommaire : Naviguer dans le paysage éducatif du Canada
- Pourquoi l’école n’est pas la même au Québec et en Ontario : le rôle clé des provinces dans l’éducation
- École publique ou privée au Canada : le grand comparatif pour faire le bon choix pour votre enfant
- Collège ou université : quelle voie choisir après le secondaire pour garantir son avenir professionnel ?
- Le vrai coût des études universitaires au Canada (et comment survivre financièrement)
- McGill, Toronto, UBC : que valent vraiment les classements des meilleures universités canadiennes ?
- Combien ça coûte vraiment d’étudier au Canada ? Le comparatif des frais de scolarité pour les étudiants internationaux
- Qui a le droit d’aller à l’école anglaise au Québec ? La loi 101 expliquée simplement
- L’école au Québec décodée pour les parents : un guide pour accompagner la réussite de votre enfant
Pourquoi l’école n’est pas la même au Québec et en Ontario : le rôle clé des provinces dans l’éducation
La première règle d’or pour tout parent ou étudiant qui aborde le système canadien est la suivante : il n’existe pas UN système éducatif canadien, mais plusieurs. En vertu de la constitution, l’éducation est une compétence exclusive des provinces et des territoires. Cela signifie qu’il y a en réalité 13 systèmes éducatifs distincts au Canada, chacun avec son propre ministère, son curriculum, son financement et ses particularités. C’est la raison fondamentale pour laquelle l’expérience scolaire de votre enfant sera radicalement différente s’il est inscrit à Montréal ou à Toronto.
Cette logique provinciale n’est pas un simple détail administratif ; elle a des conséquences très concrètes. Les âges d’entrée à l’école, la durée du secondaire, la structure des examens et même l’existence d’une étape pré-universitaire comme le CÉGEP au Québec sont autant de variables qui changent d’une frontière provinciale à l’autre. Le Québec est sans doute l’exemple le plus frappant de cette autonomie, avec un parcours unique en Amérique du Nord.
Pour illustrer cette divergence, une comparaison entre le Québec et sa voisine l’Ontario est particulièrement éclairante. Ces deux provinces, les plus peuplées du pays, représentent les deux grands modèles que l’on retrouve au Canada. Comprendre leurs différences est essentiel pour planifier un parcours scolaire ou des équivalences, comme le détaille une analyse comparative des systèmes éducatifs.
| Critère | Québec | Ontario |
|---|---|---|
| Langue d’enseignement obligatoire | Français (sauf exceptions Loi 101) | Anglais ou Français (choix) |
| Fin du secondaire | 11e année (Secondaire 5) | 12e année |
| Étape post-secondaire | CÉGEP (2-3 ans) puis université | Directement à l’université |
| Âge d’entrée obligatoire | 6 ans | 6 ans |
| Diplôme secondaire | DES (Diplôme d’études secondaires) | DESO (Diplôme d’études secondaires de l’Ontario) |
Ce tableau met en lumière un point crucial : un diplôme d’études secondaires n’a pas la même durée ni la même valeur préparatoire partout. L’existence du CÉGEP au Québec, une étape de deux ans (pour les programmes pré-universitaires) ou trois ans (pour les programmes techniques) entre le secondaire et l’université, est une différence fondamentale. Il agit comme un pont et une spécialisation précoce que les autres provinces intègrent souvent dans une 12e année enrichie ou directement dans la première année d’université.
École publique ou privée au Canada : le grand comparatif pour faire le bon choix pour votre enfant
Une fois la province de destination choisie, la première grande question qui se pose aux parents est celle de l’école : faut-il opter pour le système public ou se tourner vers le privé ? Pour de nombreux expatriés, habitués à des systèmes où l’école privée est souvent un gage de qualité supérieure, le réflexe est de privilégier cette option. Or, au Canada, cet arbitrage est beaucoup plus nuancé et mérite une réflexion stratégique.
Il faut d’abord comprendre que l’école publique est la norme absolue. En effet, les données du système éducatif montrent que près de 95% des élèves canadiens fréquentent l’école publique, qui est gratuite et financée par les impôts. Ce chiffre n’est pas anodin : il signifie que le système public est conçu pour accueillir la vaste majorité de la population, y compris les enfants des classes moyennes et supérieures. La qualité y est donc généralement très élevée et constitue une source de fierté nationale.
Contrairement à une idée reçue, le choix du public n’implique pas de renoncer à l’excellence ou à la spécialisation. Bien au contraire, le système public canadien a développé une multitude de programmes spécialisés qui rivalisent, et parfois surpassent, ceux du secteur privé. L’accès à ces programmes se fait souvent sur la base du mérite (auditions, tests d’entrée) et non sur la capacité à payer des frais de scolarité. Par exemple, des écoles publiques comme l’École secondaire Étienne-Brûlé à Toronto ou l’école F.A.C.E. à Montréal offrent des concentrations artistiques de très haut niveau. D’autres proposent des programmes uniques comme l’aviation ou la biologie marine, ou encore un enseignement religieux intégré dans des réseaux publics catholiques en Alberta, en Saskatchewan et en Ontario.
L’école privée, qui accueille environ 5% des élèves, répond à d’autres besoins : classes avec des effectifs plus réduits, approches pédagogiques spécifiques (Montessori, par exemple), prestige associé à certains établissements, ou encore réseaux sociaux et professionnels. Le coût est évidemment le principal facteur différenciant, avec des frais pouvant aller de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars par an. Le choix devient donc un arbitrage stratégique : est-ce que le bénéfice attendu du privé (réseau, pédagogie alternative) justifie l’investissement, alors que le public offre gratuitement un enseignement de grande qualité et des programmes d’excellence ? La réponse dépend entièrement des priorités et des valeurs de chaque famille.
Collège ou université : quelle voie choisir après le secondaire pour garantir son avenir professionnel ?
Après le diplôme d’études secondaires, une autre bifurcation majeure se présente : faut-il s’orienter vers le collège ou l’université ? Dans de nombreux pays, le collège est perçu comme une voie de second choix, moins prestigieuse que l’université. Au Canada, cette vision est totalement erronée. Le collège n’est pas un plan B, mais une voie parallèle et extrêmement pertinente, souvent plus rapide et plus efficace pour accéder au marché du travail.
La distinction fondamentale réside dans la finalité de la formation. L’université se concentre sur l’enseignement théorique, la recherche et les connaissances académiques. Elle prépare à des professions réglementées (médecin, avocat, ingénieur) et à des carrières qui nécessitent une forte capacité d’analyse et de synthèse. Le parcours est généralement plus long (baccalauréat en 3 ou 4 ans, suivi d’études supérieures).
Le collège, quant à lui, est résolument tourné vers l’acquisition de compétences pratiques et l’employabilité directe. Les programmes sont plus courts (diplômes de 2 ou 3 ans), plus spécialisés et conçus en collaboration avec les entreprises du secteur. On y apprend un métier : technicien en informatique, infirmier auxiliaire, designer graphique, gestionnaire de projet, etc. L’accent est mis sur les laboratoires, les ateliers et, surtout, les stages en entreprise (programmes coop).

Comme l’illustre cette image, l’environnement collégial est axé sur la pratique. Mais le plus grand atout du système canadien, et le secret le mieux gardé, est la fluidité entre ces deux mondes. Choisir le collège n’est pas une porte qui se ferme. Au contraire, c’est souvent une passerelle stratégique vers l’université. De très nombreux programmes collégiaux ont des ententes de transfert (parfois appelées « 2+2 ») avec des universités. Un étudiant peut ainsi obtenir un diplôme technique en 2 ans, acquérir une expérience professionnelle précieuse, puis intégrer directement la 2e ou 3e année d’un programme de baccalauréat universitaire. Cette approche combine le meilleur des deux mondes : des compétences concrètes et un diplôme universitaire, tout en réduisant le coût total des études.
L’arbitrage est donc le suivant : ai-je besoin d’une formation théorique longue pour la carrière que je vise, ou est-ce qu’une formation technique et pratique, avec une possibilité de continuer à l’université plus tard, est un chemin plus intelligent et sécuritaire ? Pour beaucoup, la deuxième option est un pari gagnant sur l’avenir.
Le vrai coût des études universitaires au Canada (et comment survivre financièrement)
Aborder la question des études universitaires au Canada soulève inévitablement la question de leur coût. Si le Canada est reconnu pour la qualité de son système éducatif, celui-ci a un prix, en particulier au niveau post-secondaire. Cependant, il est essentiel de distinguer le coût pour les citoyens canadiens et résidents permanents de celui pour les étudiants internationaux, qui est bien plus élevé. Pour les résidents, bien que les frais ne soient pas négligeables, ils sont parmi les plus raisonnables des pays développés.
Les frais de scolarité pour les citoyens et résidents permanents varient considérablement d’une province à l’autre et d’un programme à l’autre. En moyenne, on peut s’attendre à payer entre 6 000 et 9 000 dollars canadiens par année pour un programme de baccalauréat de premier cycle. Le Québec se distingue par des frais particulièrement bas pour ses résidents, tandis que l’Ontario et la Colombie-Britannique se situent dans la fourchette haute.
Cependant, le coût affiché des frais de scolarité n’est que la pointe de l’iceberg. Le coût réel des études inclut de nombreuses autres dépenses qui pèsent lourd dans le budget d’un étudiant. Le logement est souvent le poste le plus important, surtout dans les grandes villes universitaires comme Vancouver, Toronto ou Montréal, où il faut prévoir entre 12 000 et 15 000 dollars par an. À cela s’ajoutent les livres et le matériel scolaire, la nourriture, le transport et les dépenses personnelles. Au total, une année universitaire peut facilement coûter entre 20 000 et 30 000 dollars, même pour un étudiant canadien.
Face à cet investissement, la « survie financière » devient une compétence en soi. Heureusement, le système canadien est riche en mécanismes de soutien. Il est crucial de ne pas se laisser décourager par les chiffres bruts, mais de planifier activement sa stratégie de financement dès le début du processus. Pour y parvenir, il existe une feuille de route claire que tout étudiant devrait suivre.
Votre plan d’action pour le financement des études
- Demander l’aide financière provinciale : Déposez votre demande dès que possible (généralement en début d’année) auprès des organismes provinciaux comme l’Aide Financière aux Études (AFE) au Québec ou le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO/OSAP).
- Chasser les bourses d’admission : De nombreuses universités offrent des bourses « automatiques » basées sur les résultats scolaires du secondaire. Renseignez-vous sur les dates limites et les critères de chaque établissement.
- Budgétiser le coût de la vie : Planifiez un budget réaliste en incluant un poste de 12 000 à 15 000 dollars par an pour le logement et les charges si vous étudiez dans une grande métropole.
- Travailler sur le campus : Cherchez un emploi à temps partiel sur le campus. La loi autorise généralement les étudiants à travailler jusqu’à 20 heures par semaine pendant les sessions d’études, ce qui peut couvrir une bonne partie des dépenses courantes.
- Explorer les programmes coopératifs (co-op) : Considérez sérieusement les programmes qui alternent sessions d’études et stages rémunérés. C’est le meilleur moyen de financer ses études tout en acquérant une expérience professionnelle inestimable.
McGill, Toronto, UBC : que valent vraiment les classements des meilleures universités canadiennes ?
Chaque année, les classements internationaux des universités font la une des journaux. Des noms comme l’Université de Toronto, McGill University et l’University of British Columbia (UBC) figurent régulièrement en très bonne place, attirant des étudiants du monde entier. Pour un parent ou un étudiant, il est tentant de faire de ces classements le critère numéro un dans le choix d’un établissement. Mais que valent-ils vraiment ? Et est-ce toujours le meilleur arbitrage stratégique ?
Il est indéniable que ces institutions sont des centres d’excellence de renommée mondiale. Selon des données de l’OCDE, le Canada possède un système d’éducation globalement très performant. Faire partie de ces universités de « tête de peloton » garantit un accès à des professeurs de renom, à des infrastructures de recherche de pointe et à un réseau d’anciens élèves influent. Pour certaines carrières très compétitives en finance, en droit ou en recherche fondamentale, un diplôme de l’une de ces trois universités peut effectivement ouvrir des portes.
Cependant, une obsession pour ces classements généraux peut être trompeuse et contre-productive. Ces palmarès accordent une très grande importance à la recherche et aux publications scientifiques, des critères qui sont souvent peu pertinents pour un étudiant de premier cycle dont l’objectif principal est d’acquérir des compétences pour le marché du travail. Le prestige d’une université ne garantit pas la qualité de l’enseignement dans un programme spécifique, ni de meilleures opportunités de carrière dans tous les domaines.
Le véritable point fort du Canada réside dans l’excellence de ses universités spécialisées, qui, sans toujours briller dans les classements généraux, sont des leaders mondiaux dans leurs niches respectives. Se focaliser sur le « trio de tête » peut vous faire passer à côté d’opportunités bien plus intéressantes.
Au-delà des classements : l’excellence des universités spécialisées
L’Université de Waterloo, par exemple, est mondialement reconnue comme l’une des meilleures en informatique et en ingénierie, non pas grâce à sa recherche, mais grâce à son programme coopératif unique qui intègre jusqu’à deux ans d’expérience professionnelle rémunérée. Pour un futur développeur, une offre de Waterloo est souvent plus précieuse qu’une offre de Toronto. De même, l’Université de Guelph est une puissance en sciences agroalimentaires et vétérinaires. L’Université de Sherbrooke, au Québec, est célèbre pour son programme de stages, l’un des plus complets du pays. Ces institutions offrent des perspectives de carrière bien plus directes et pertinentes dans leurs domaines de spécialité que les grandes universités généralistes.
Le bon réflexe n’est donc pas de regarder le classement général de l’université, mais le classement du programme spécifique qui vous intéresse, et surtout, de vous renseigner sur ses liens avec l’industrie, son taux de placement et la qualité de ses programmes de stages.
Combien ça coûte vraiment d’étudier au Canada ? Le comparatif des frais de scolarité pour les étudiants internationaux
Si les études au Canada sont relativement abordables pour les résidents, la situation est bien différente pour les étudiants internationaux. Le Canada, comme la plupart des pays, subventionne l’éducation de ses citoyens, mais demande aux étudiants étrangers de payer un prix plus proche du coût réel. Il est donc fondamental d’avoir une idée précise du budget à prévoir pour ne pas avoir de mauvaises surprises.
Les frais de scolarité pour les étudiants internationaux varient de manière spectaculaire en fonction de la province, de l’établissement et du programme d’études. Il n’y a pas de tarif unique. Cependant, on peut établir une fourchette générale. Selon les données disponibles, les frais varient considérablement, allant de 11 000 à 30 000 dollars canadiens par an pour un programme de premier cycle. Les programmes les plus chers sont souvent la médecine, le droit et l’ingénierie, tandis que les arts et les sciences humaines sont plus abordables. Les provinces de l’Atlantique et le Québec (hors ententes spécifiques comme avec la France) sont généralement moins chères que l’Ontario, l’Alberta ou la Colombie-Britannique.

À ces frais de scolarité s’ajoute, comme pour les étudiants canadiens, le coût de la vie. Les autorités de l’immigration exigent d’ailleurs une preuve de fonds suffisants pour couvrir ces dépenses. Il faut généralement compter un minimum de 10 000 à 15 000 dollars par an en plus des frais de scolarité. Le budget total pour une année d’études pour un étudiant international se situe donc le plus souvent entre 25 000 et 45 000 dollars canadiens. C’est une somme considérable, mais il faut la mettre en perspective.
Ce coût, bien qu’élevé, reste souvent très compétitif par rapport à d’autres destinations populaires. Par exemple, les frais de scolarité dans les universités privées américaines de renom peuvent facilement atteindre 50 000 à 60 000 dollars américains par an, soit près du double du coût canadien. L’éducation canadienne offre donc un excellent rapport qualité-prix, combinant des institutions de calibre mondial à un coût relativement maîtrisé. De plus, de nombreuses bourses spécifiquement destinées aux étudiants internationaux sont offertes par les universités et le gouvernement pour attirer les meilleurs talents. Une recherche approfondie sur les sites des universités est indispensable pour identifier ces aides financières qui peuvent significativement alléger la facture.
Qui a le droit d’aller à l’école anglaise au Québec ? La loi 101 expliquée simplement
De toutes les particularités provinciales, la politique linguistique du Québec est sans doute celle qui surprend le plus les nouveaux arrivants. Alors que dans le reste du Canada, les parents peuvent généralement choisir entre l’école francophone et l’école anglophone (là où les deux sont disponibles), le Québec impose une règle stricte : l’enseignement se fait en français. C’est l’un des piliers de la Loi 101, ou Charte de la langue française, adoptée en 1977.
L’objectif de cette loi est de protéger et de promouvoir le français comme langue commune de la vie publique au Québec. Une de ses mesures les plus connues est de restreindre l’accès à l’école primaire et secondaire publique de langue anglaise. Pour un parent immigrant, il est crucial de comprendre cette règle : par défaut, vos enfants devront être inscrits dans le système scolaire francophone, et ce, même si vous-même ne parlez pas français.
Cette obligation vise à assurer l’intégration des nouveaux arrivants à la société majoritairement francophone du Québec. Le réseau scolaire anglais, qui représente environ 10% des écoles de la province, est protégé par la Constitution, mais son accès est limité. Alors, qui a le droit d’y envoyer ses enfants ? La règle principale, souvent appelée la « clause Canada« , est la suivante : un enfant est admissible à l’école anglaise si au moins l’un de ses parents a reçu la majorité de son enseignement primaire en anglais, au Canada. Il ne suffit donc pas d’être citoyen canadien ou de parler anglais à la maison.
Cette disposition a des conséquences importantes. Par exemple, une famille française, belge ou américaine s’installant à Montréal devra obligatoirement scolariser ses enfants en français. Une famille canadienne venant de Toronto dont les parents ont étudié en anglais pourra, elle, choisir le système anglophone. Il existe quelques exceptions très rares (séjours temporaires, raisons humanitaires), mais elles sont très peu fréquentes. Pour obtenir le droit d’accès, les parents doivent faire une demande de déclaration d’admissibilité auprès du ministère de l’Éducation, en fournissant les preuves de leur propre scolarité. C’est une démarche administrative incontournable pour les ayants droit.
À retenir
- La décentralisation est la règle : Votre première étape doit toujours être de vous renseigner sur les règles spécifiques de la province où vous vous installez. Ne présumez jamais que ce qui est vrai en Ontario l’est au Québec.
- Le public est la norme de qualité : Ne sous-estimez pas le système public. Explorez ses programmes spécialisés (arts-études, sport, sciences) avant de considérer le privé comme seule option d’excellence.
- Pensez en « passerelles » : Voyez le collège non pas comme une alternative à l’université, mais comme un tremplin potentiel. Un diplôme technique suivi d’un transfert universitaire est une stratégie gagnante en termes de compétences et de coût.
L’école au Québec décodée pour les parents : un guide pour accompagner la réussite de votre enfant
Maintenant que nous avons exploré les grandes structures du système canadien, concentrons-nous sur un guide pratique pour les parents qui s’installent au Québec, la destination la plus fréquente pour les expatriés francophones. Naviguer dans ce système, avec ses propres acronymes et sa propre culture, peut être intimidant, mais quelques repères clairs suffisent pour accompagner efficacement la réussite de son enfant. Le système québécois est d’ailleurs reconnu comme l’un des meilleurs au monde, le système éducatif canadien se classant 1er selon l’UNESCO.
La première étape est administrative : l’inscription. L’école de votre enfant est déterminée par votre lieu de résidence. Vous dépendez d’un Centre de services scolaire (le nouveau nom des commissions scolaires) qui dessert votre territoire. Il faut donc d’abord identifier ce centre, puis l’école de quartier qui vous est assignée. La période d’inscription principale a lieu en janvier et février pour la rentrée de septembre. Il est crucial de ne pas manquer cette fenêtre.
Une fois l’enfant inscrit, il est important de s’impliquer. Participez aux rencontres parents-enseignants. C’est l’occasion de comprendre l’approche pédagogique québécoise, qui est souvent basée sur les compétences plutôt que sur la simple mémorisation de connaissances. N’hésitez pas à poser des questions pour bien saisir les attentes. Si vous souhaitez avoir un rôle plus actif, vous pouvez vous présenter au conseil d’établissement de l’école, un organe où les parents ont leur mot à dire sur de nombreuses décisions.
Enfin, le soutien à la maison est essentiel. Le Québec dispose d’une ressource extraordinaire et gratuite : Alloprof. Ce service, disponible en ligne et par téléphone, offre de l’aide aux devoirs, des fiches de révision et des exercices pour toutes les matières du primaire et du secondaire. C’est un allié précieux pour les parents qui ne sont pas familiers avec le curriculum. De plus, si votre enfant rencontre des difficultés d’apprentissage, n’attendez pas. Demandez rapidement la mise en place d’un Plan d’Intervention (PI). Ce document officiel, élaboré avec l’école, définit les mesures de soutien spécifiques qui seront apportées à votre enfant pour l’aider à surmonter ses défis. C’est un droit et un outil puissant pour assurer son bien-être et sa progression.
En comprenant la logique de chaque étape et en utilisant les ressources à votre disposition, vous transformerez ce qui semblait être un labyrinthe en un parcours clair et plein de promesses. Pour mettre en pratique ces conseils, la prochaine étape consiste à contacter le centre de services scolaire de votre futur quartier ou le bureau des admissions de l’université qui vous intéresse.
Questions fréquentes sur le système éducatif au Québec
Qui peut fréquenter l’école anglaise au Québec?
Uniquement les enfants dont au moins un parent a fréquenté une école de langue anglaise au Canada peuvent y accéder. Les immigrants d’autres pays doivent obligatoirement fréquenter l’école française pour assurer leur intégration à la société francophone.
Qu’est-ce qu’une déclaration d’admissibilité à l’enseignement en anglais?
C’est un document officiel émis par le Ministère de l’Éducation du Québec qui confirme le droit d’un enfant de recevoir son éducation en anglais. Pour l’obtenir, il faut fournir les preuves de la scolarité en anglais d’un des parents au Canada, comme les bulletins scolaires, ainsi que des preuves de citoyenneté canadienne.
Un enfant scolarisé temporairement en anglais dans une autre province peut-il accéder à l’école anglaise au Québec?
Il s’agit d’un cas complexe connu sous le nom de « cas passerelle ». L’admissibilité n’est pas automatique. La décision dépend de plusieurs facteurs, notamment la durée et les circonstances de la scolarisation hors-Québec. Chaque dossier est évalué individuellement par le Ministère pour déterminer si les conditions sont remplies.